Vade Retro Satanas

VADE RETRO SATANAS


velasquez

Il avait lu passionnément les grands classiques, de Homer à Maupassant en passant par Nietzsche. Il avait essayé de sonder son âme en usant ses yeux sur des grimoires de doctrines théologiques ou philosophiques en bonne compagnie, pensait-il, de Gurdjieff à Krishnamurti ou les beaux écrits de Gibran. Mais il lui semblait encore et toujours qu’il en était sur le quai d’une gare à attendre le prochain départ.
Il avait connu d’innombrables et sombres luttes avec bien plus de défaites que de victoires.
N’ayant connu ni richesses ni gloires mais juste qu’il existait le jour simplement bon et léger, le jour sans le sou, le jour long tel un jour sans pain et même le jour parfois plus pesant qu’un âne mort.

De ses échecs il ne sut pas toujours tirer leçon, des femmes, des arcanes des attirances amoureuses, de la séduction, à bien regarder le mystère restait entier.

D’instinct ou peut-être d'expérience il comprenait cette difficulté d’essayer de percer l’énigme du pouvoir de la féminité.

Depuis la nuit des temps la majorité des sociétés régentées par les hommes incapables de dominer leur impuissance à gouverner comme ils l’entendaient, se sont ligués afin d’essayer de masquer leur faiblesse face aux femmes. Ainsi le plus tôt possible, au berceau, ils avaient déclamés le féminin, faible, sans ressources, manipulatrices, séductrices et par cela, dangereuses pour l’harmonie des mâles dominants.

Les déclarant irresponsables depuis que la première a eu la faiblesse (ou la faim) de croquer le fruit défendu, ils se sont empressés de les cacher sous des voiles ou murs épais de grottes, maisons, châteaux et couvents.
Sa Toute Puissance Phallocratique des Cieux en avait décidé ainsi, partout c’était écrit.
Mais toute guerre a sa Résistance et la femme a très vite compris qu’il fallait garder le contrôle sur ce que les hommes possédaient en eux de plus cher et le moins compris ; le Désir.

Et alors elles surent allumer naturellement d’immenses brasiers de désirs avec toujours à portée de main de quoi les éteindre à leur guise.

Les hommes avaient beau se masturber le cerveau et le reste mais ils ne comprendront peut-être jamais comment la femme pouvait passer aussi promptement du « viens grand fou j’ai envie de toi » à « hors de ma culotte, vade retro satanas ».

Fini donc la soumission au « chasseur ventru et couillu » et l’histoire nous rappelle bien que « derrière chaque grand homme se cache une femme ».

Voilà donc, la nouvelle ambition de l’homme moderne ; partir à la quête des clefs des chaînes de ses désirs.
Il voyait bien que la route sera très longue, qu’une vie ne suffirait probablement pas, que même étudier le Livre des Livres (avec ou sans images) sur la question ne lui apprendra pas, ne le rassurera pas.
Il devra se résoudre sûrement pour longtemps, malgré qu’il fut jadis élevé au rang et statut de chasseur, qu’il n’est à présent pour ces dames qu’un vulgaire gibier.

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La Vache et le Moucheron

La vache et le moucheron
(une fable d’amour, bestiale et contemporaine)


la vache et le moucheron


Une vache paisible ne s’attendait pas ce jour-là à devenir l’objet d’un désir contre-nature de la part d’un moucheron tout excité qui passait dans le coin.
Voilà que l’insecte désoeuvré virevoltant de ça, de là, par monts et par bosquets, jeta son dévolu et un regard lubrique tordu sur une belle croupe généreuse offerte en pâture aux seuls rayons du soleil brûlant d’été.

Le misérable en eut ses sens si bouleversés, qu’il fonça tête baissée chuchoter à l’oreille de la dame cornue quelques mots doux à peine retenues. Mais la plantureuse dame des prés, surprise par tant d’amour déversé de la part d’un si petit cœur, fut tout de même embêtée de donner suite à cette idée.
Le brave moucheron émoustillé par l’opulence de si belles mamelles caressées par la seule faible brise d’été continua de plus bel sa lyrique envolée manquant de peu finir assommé par la magnificence même de sa tentation.

Ignorant l’indifférence affichée de cette beauté des champs il continua sans abdiquer de flatter la jolie laitière. La belle plus habituée à un amour de sa caste quelque peu plus viril et plus brutal mais si vite oublié fut pas peu flattée d’être si bien à l’oreille chatouillée par cette minuscule bête ailée, aux sens si éveillés.

Elle en fut toute émoustillée si bien qu’elle se surpris à oser rêver et même à caresser l’idée d’offrir au moucheron zélé l’espoir d’une vie à deux partagée.
Le zigzagant amoureux se croyant éconduit et d’un naturel optimiste fila droit sur la croupe toute aussi généreusement rebondie de la plus proche voisine dans la luzerne langoureusement avachie. Il entreprit alors sa plus belle danse d’amour pour la belle endormie et ne lésina pas sur son énergie.

A supposer que la galante ne soit pas sotte ou sourde, l’insecte agile déploya ses plus beaux atours afin de convaincre l’adorable ruminante de la puissante sincérité de ce nouvel amour déclaré.
Mais pas peu apaisé par l’indifférence affichée de la belle à sa sieste consacrée, qu’il finit par se sentir bien fatigué de tant d’afflux dépensé en caresses point partagées.

Après un dernier baiser non rassasié, il finit par se poser sur la partie la plus rebondie de la fesse si bien galbée, joliment racée, de la demoiselle ensommeillée.

Et là, perdu dans des rêves érotiques et passionnés il eut à peine le temps de songer à la meilleure façon de les exaucer. La dame si désirée ne supportant pas de tels gestes déplacés envers ses charmes affichés envoya l’amoureux ailé, d’un coup de queue bien placé, directement ad patres.

Quelle morale à cette histoire donner ?

Peut-être qu’il n’est point sage de s’attaquer aux trop grandes affaires de cœurs sans avoir la certitude d’avoir les moyens de ses ambitions...

Ou encore, qu’en amour on peut être le plus gourmand, le plus affairé, être très doué, couvrir l’être aimé de soins ou de baisers mais, quand le partenaire est fatigué, rien, vraiment rien ne sert d’insister...

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Aphorisme du jour


Le passé, pour se construire ou se détruire. Le présent, essayer de le vivre passionnément pour ne rien regretter dans le futur.

(vl-2009)


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